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Cromwell et la conquête de l'Irlande (1649-1653)

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Cromwell et la conquête de l'Irlande (1649-1653)

Oliver Cromwell, homme de la guerre civile anglaise, du régicide de Charles Ier et de la révolution anglaise, débarque en Irlande en août 1649 contre le roi Charles II. Drogheda, Wexford et les terres confisquées font de Cromwell, futur Lord Protecteur d'Angleterre, la grande figure honnie de l'histoire de l'Irlande racontée en vidéo.

Oliver Cromwell
1599-1658, étudiant à l'université de Cambridge, général de la New Model Army, Lord Protecteur de 1653 à sa mort.
Cromwell en Irlande
Août 1649 à mai 1650 ; la conquête du royaume d'Irlande s'achève en 1653.
Le roi Charles
Charles Ier exécuté en 1649, son fils Charles II cherche en Irlande une armée.

Qui était Oliver Cromwell avant l'Irlande ?

Oliver Cromwell, futur Lord Protector et adversaire du roi Charles Ier, naît le 25 avril 1599 à Huntingdon, dans une famille de petite noblesse terrienne de l'est de l'Angleterre. Il étudie au Sidney Sussex College de l'université de Cambridge à partir de 1616, sans y obtenir de diplôme, puis épouse Elizabeth Bourchier en 1620. Rien, pendant ses quarante premières années, ne laisse prévoir le rôle qu'il va tenir dans l'histoire du royaume : Oliver Cromwell est un gentilhomme campagnard, député de Huntingdon en 1628, puis de Cambridge au Long Parlement à partir de 1640.

La conversion religieuse qu'il décrit lui-même dans ses lettres fait de Cromwell un puritain convaincu, persuadé que Dieu guide chacune de ses victoires. Cette certitude explique une grande partie de son comportement en Irlande : l'homme y voit une mission providentielle, pas seulement une campagne militaire. Les historiens anglais, de Thomas Carlyle, qui publie ses lettres et discours au XIXe siècle, à John Morrill aujourd'hui, partent tous de cette foi pour comprendre ses décisions. Les Français l'appellent parfois Olivier Cromwell, comme dans le drame de Victor Hugo, Cromwell, publié en 1827, dont la préface fait de la vie d'Olivier Cromwell un manifeste du théâtre romantique.

La personnalité d'Oliver Cromwell reste difficile à saisir, faute de mémoires : l'homme n'a laissé que des lettres et des discours. Sa vie privée, avec Elizabeth et leurs neuf enfants, paraît austère mais affectueuse ; sa vie publique oscille entre l'attachement au droit du Parlement et le recours à la force. Chaque livre consacré à sa personnalité, de la biographie d'Antonia Fraser en 1973 aux travaux de John Morrill, tranche différemment entre ces deux visages.

Un militaire révélé par la guerre civile anglaise

La guerre civile anglaise, l'English Civil War des historiens britanniques, éclate en 1642 entre le roi Charles Ier et le Parlement, sur fond de conflit entre l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande que l'on appelle aussi les War of the Three Kingdoms. Oliver Cromwell, qui n'a aucune formation militaire, lève un escadron de cavalerie dans le Cambridgeshire et se révèle un chef exceptionnel. À Marston Moor, en 1644, sa cavalerie décide de la bataille ; l'année suivante, il devient lieutenant général de la New Model Army, l'armée professionnelle du Parlement, et contribue à la victoire de Naseby en 1645. L'art de Cromwell tient à la discipline de ses troupes, à la promotion des officiers au mérite et à une ferveur religieuse partagée par ses soldats.

De la révolution au régicide

Après une seconde guerre civile en 1648, l'armée purge le Parlement : il n'en reste qu'une assemblée réduite, le Rump Parliament. Cette révolution politique aboutit au procès du roi, que Cromwell signe parmi les juges. Charles Ier est décapité à Whitehall le 30 janvier 1649. La monarchie et la Chambre des lords sont abolies, et l'Angleterre devient une république, le Commonwealth. C'est ce nouveau régime, encore fragile, qui envoie Cromwell en Irlande.

Pourquoi Cromwell part conquérir l'Irlande en 1649

La campagne de Cromwell en Irlande répond à une menace très concrète pour la jeune république. Depuis la rébellion de 1641, l'île échappe largement à Londres : les catholiques irlandais ont formé à Kilkenny leur propre gouvernement, la Confédération irlandaise, et la rébellion s'est accompagnée de massacres de colons protestants en Ulster, que la propagande anglaise amplifie. En janvier 1649, les confédérés concluent une alliance avec les royalistes du marquis d'Ormond, qui reconnaît Charles II comme roi.

Pour le Parlement anglais, l'Irlande devient donc à la fois une base possible pour une invasion royaliste et une terre à punir pour 1641. Une troisième raison pèse autant que les deux autres : les finances. Le Parlement a emprunté en 1642 auprès d'investisseurs, les « Adventurers », en leur promettant des terres irlandaises confisquées en remboursement. Les soldats eux-mêmes attendent leur solde. La conquête doit payer la guerre : l'état des finances de la république explique en grande partie l'ampleur des confiscations qui suivent.

La situation militaire bascule avant même l'arrivée de Cromwell : le 2 août 1649, à Rathmines, près de Dublin, le colonel Michael Jones disperse l'armée d'Ormond. Cette victoire permet à Cromwell de débarquer sans combat à Ringsend, le port de Dublin, le 15 août 1649, avec une armée d'environ douze mille hommes et un important parc d'artillerie de siège.

Drogheda, Wexford, Clonmel : les étapes de la campagne

La campagne de Cromwell en Irlande se résume à une succession de sièges de villes fortifiées, menés à un rythme que ses adversaires n'avaient pas prévu. Le tableau suit les principales étapes, de son arrivée à la fin de la résistance organisée.

DateLieuCe qui se passe
15 août 1649Dublin (Ringsend)Cromwell débarque avec la New Model Army
11 septembre 1649DroghedaAssaut de la ville et massacre de la garnison
Octobre 1649WexfordLa ville tombe pendant les négociations, soldats et civils tués
Novembre-décembre 1649WaterfordSiège levé : la ville résiste jusqu'en 1650
Mai 1650ClonmelLourdes pertes anglaises à la brèche, Cromwell rentre en Angleterre
1651LimerickHenry Ireton prend la ville et meurt de maladie peu après
1652-1653Galway, puis l'ouestReddition des dernières places et fin de la guerre organisée

Que s'est-il passé à Drogheda ?

Le massacre de Drogheda, le 11 septembre 1649, reste l'épisode qui attache le nom de Cromwell à l'Irlande. La garnison royaliste, commandée par Sir Arthur Aston, refuse de se rendre ; après deux assauts, les troupes anglaises entrent dans la ville et Cromwell ordonne de ne faire aucun quartier. Les défenseurs sont tués, y compris ceux qui se sont réfugiés dans le clocher de l'église Saint-Pierre, auquel les soldats mettent le feu ; les prêtres capturés sont exécutés. Cromwell écrit lui-même au Parlement qu'il y voit « un juste jugement de Dieu » contre les responsables du sang versé en 1641, alors même que Drogheda n'avait joué aucun rôle dans les massacres de l'Ulster.

Le nombre de civils tués à Drogheda fait encore débat. L'historien irlandais Tom Reilly, dans un livre paru en 1999, soutient que les victimes sont avant tout des soldats ; Micheál Ó Siochrú, dans son étude de 2008, rassemble au contraire les témoignages de meurtres de civils. Le fait de la tuerie de la garnison, lui, n'est contesté par personne.

Wexford, Waterford et la résistance de Clonmel

À Wexford, en octobre 1649, la ville tombe pendant que son gouverneur négocie la reddition : les soldats de Cromwell entrent sans ordre précis et tuent plusieurs centaines de défenseurs et d'habitants. Cromwell ne l'a pas commandé, mais il ne punit personne et y voit, là encore, la main de Dieu. Devant Waterford, en revanche, l'hiver, la dysenterie et la résistance de la garnison de Thomas Preston l'obligent à lever le siège : la ville ne se rend qu'en août 1650, à Ireton.

Clonmel, en mai 1650, offre à Cromwell l'une des plus lourdes défaites tactiques de sa carrière. Hugh Dubh O'Neill fait construire derrière la brèche un couloir fermé où les assaillants se font massacrer ; il évacue ensuite la ville de nuit avec ses hommes, et Cromwell n'obtient qu'une reddition négociée. Rappelé en Angleterre pour faire face à Charles II, qui s'appuie désormais sur l'Écosse, Cromwell quitte l'Irlande à la fin du mois.

Une guerre qui continue sans Cromwell

La conquête de l'Irlande ne s'achève pas avec le départ de Cromwell en mai 1650 : elle dure encore trois ans, sous ses gendres et lieutenants. Henry Ireton, qui commande à sa place, assiège Limerick en 1651 et y meurt de la peste peu après la reddition de la ville. Edmund Ludlow puis Charles Fleetwood, autre gendre d'Oliver Cromwell, mènent la dernière phase, avec des officiers comme John Hewson. Galway capitule en 1652, et la reddition des dernières bandes armées en 1653 met fin à la résistance organisée.

Cette dernière partie de la guerre est sans doute la plus meurtrière pour la population. Les combattants irlandais, les « tories », mènent une guérilla ; l'armée anglaise y répond en détruisant les récoltes et le bétail, et la famine puis la peste font le reste. Plusieurs milliers de soldats irlandais partent servir comme mercenaires en Espagne ou en France, et des prisonniers, hommes, femmes et enfants, sont envoyés comme travailleurs forcés aux Antilles, notamment à la Barbade. Le nombre total de morts reste discuté ; les historiens s'accordent seulement sur une chute très forte de la population irlandaise pendant les années 1641-1653.

« To Hell or to Connaught » : les terres confisquées

L'Act for the Settlement of Ireland, voté par le Parlement anglais en 1652, organise la confiscation des terres des catholiques irlandais. Les propriétaires jugés coupables de la rébellion perdent tout ; les autres doivent accepter d'être déplacés à l'ouest du Shannon, dans le Connacht et le Clare, des terres plus pauvres. La formule « To Hell or to Connaught », « en enfer ou au Connacht », résume ce choix dans la mémoire irlandaise. Les terres libérées servent à payer les Adventurers de 1642 et les soldats de la New Model Army, dont beaucoup revendent d'ailleurs leurs titres.

Le transfert de propriété change la carte sociale du pays pour des siècles. Les catholiques, qui possédaient encore la majorité des terres de l'île avant 1641, n'en détiennent plus qu'une petite part après la conquête ; une nouvelle classe de propriétaires protestants, souvent d'origine anglaise, s'installe. Le culte catholique est interdit, les prêtres sont chassés ou déportés. Ces mesures expliquent la place centrale de Cromwell dans l'opposition entre les religions pratiquées en Irlande, catholique et protestante, que l'histoire du pays rejoue jusqu'au XXe siècle.

Lord Protecteur : comment Cromwell gouverne l'Angleterre

De retour en Angleterre, Oliver Cromwell bat les Écossais alliés de Charles II à Dunbar en 1650, puis le jeune roi lui-même à Worcester en 1651. En avril 1653, il chasse le Rump Parliament par la force ; après l'échec d'une assemblée de notables, il devient Lord Protecteur d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande le 16 décembre 1653, en vertu d'une constitution écrite, l'Instrument of Government. Il refuse la couronne qu'un nouveau Parlement lui offre en 1657.

Le Protectorat de Cromwell gouverne par l'armée, avec des parlements qu'il dissout quand ils lui résistent, et une politique étrangère ambitieuse : guerre contre l'Espagne, expédition des Antilles, le « Western Design », qui échoue devant Saint-Domingue mais prend la Jamaïque en 1655. En Irlande, son fils Henry Cromwell gouverne comme lord député à partir de 1657 et tente une politique plus modérée envers les colons et les anciens propriétaires protestants.

Oliver Cromwell meurt le 3 septembre 1658 à Whitehall. Son fils aîné Richard Cromwell lui succède mais abandonne le pouvoir dès 1659. Le général George Monck rétablit alors la monarchie : Charles II revient à Londres en mai 1660. Le 30 janvier 1661, douze ans jour pour jour après la mort de Charles Ier, le corps de Cromwell est sorti de l'abbaye de Westminster, pendu à Tyburn et décapité ; sa tête reste exposée pendant des années à Westminster Hall, avant d'être inhumée en 1960 au Sidney Sussex College de Cambridge.

Thomas Cromwell et Oliver Cromwell : la même famille ?

Thomas Cromwell n'est pas Oliver Cromwell, mais les deux hommes appartiennent bien à la même famille. Thomas Cromwell (vers 1485-1540), fils d'un artisan de Putney, se forme au service du cardinal Thomas Wolsey, le ministre tout-puissant des débuts du règne Tudor ; après la disgrâce de Wolsey en 1529, il passe au service du roi. Conseiller d'Henri VIII, Henry VIII pour les Anglais, il devient le principal artisan de la rupture avec Rome et de la réforme religieuse henricienne : il fait voter les lois qui placent le roi à la tête de l'Église d'Angleterre et organise la dissolution des monastères. Il joue aussi un rôle décisif dans la chute et l'exécution d'Anne Boleyn en 1536, avant de tomber à son tour : arrêté en juin 1540 après le mariage raté d'Henri VIII avec Anne de Clèves, il est décapité le 28 juillet 1540. Sa vie à la cour Tudor inspire la trilogie romanesque de Hilary Mantel, dont le premier livre, Wolf Hall, paraît en 2009 et suit l'ascension de Cromwell dans l'ombre de Wolsey.

Le lien passe par la sœur de Thomas, Katherine Cromwell, qui épouse un Gallois, Morgan Williams. Leur fils Richard prend le nom de son oncle et protecteur, Cromwell, et s'enrichit grâce aux biens monastiques. Oliver Cromwell est l'arrière-petit-fils de ce Richard, et son grand-père Henry Cromwell, le « chevalier doré » de Hinchingbrooke, mène grand train sous les Tudor : Oliver n'est donc pas un descendant direct de Thomas Cromwell, mais un descendant de sa sœur. Les biens de l'Église confisqués par l'un ont fait la fortune de la famille de l'autre, un siècle avant la révolution anglaise.

La malédiction de Cromwell : une mémoire irlandaise vivante

En Irlande, le nom de Cromwell n'a jamais quitté la langue courante. L'expression gaélique « Mallacht Chromail ort », « la malédiction de Cromwell sur toi », a longtemps servi d'insulte, et le poème de William Butler Yeats « The Curse of Cromwell », paru en 1938, reprend cette formule pour parler de la disparition de l'ancienne Irlande. Dans les campagnes, des ruines de châteaux et d'abbayes sont attribuées à Cromwell, à tort ou à raison, bien au-delà de l'itinéraire réel de son armée.

En Angleterre, en revanche, la mémoire de Cromwell reste partagée : défenseur du Parlement et de la liberté religieuse des protestants pour les uns, dictateur militaire pour les autres. Sa statue se dresse devant le palais de Westminster depuis 1899, et un sondage de la BBC en 2002 classe Oliver Cromwell parmi les dix plus grands Britanniques, un résultat incompréhensible vu de Dublin. L'écart entre ces deux mémoires, britannique et irlandaise, dit beaucoup des relations entre le Royaume-Uni et l'Irlande, deux pays dont l'histoire commune passe par la vie et les campagnes d'Oliver Cromwell.

Sur les pas de Cromwell en Irlande aujourd'hui

Le voyageur qui veut voir les lieux de la campagne de Cromwell commence par Drogheda, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Dublin. Le fort de Millmount, sur la butte qui domine la Boyne, abrite un musée consacré à l'histoire de la ville, et la porte Saint-Laurent, l'une des portes médiévales encore debout, donne une idée des remparts que l'artillerie anglaise a dû percer. À Clonmel, dans le comté de Tipperary, des fragments des murailles médiévales subsistent près de l'église Saint-Mary. Pour replacer ces lieux dans un récit plus large, la rubrique consacrée à l'histoire de l'Irlande et de l'Irlande du Nord rassemble d'autres repères, de la conquête normande à l'indépendance.

Durée de la campagne, controverse et titre de Cromwell

Combien de temps Cromwell est-il resté en Irlande ?

Cromwell reste en Irlande un peu plus de neuf mois, d'août 1649 à mai 1650. La conquête, elle, dure jusqu'en 1653, menée par Ireton, Ludlow et Fleetwood.

Pourquoi Cromwell est-il une figure controversée ?

Cromwell est controversé parce qu'il incarne à la fois la victoire du Parlement sur un roi absolu et une guerre impitoyable contre les catholiques irlandais. Drogheda, Wexford et les confiscations de terres font de lui, en Irlande, le symbole de la face sombre de la domination anglaise.

Cromwell était-il roi d'Angleterre ?

Cromwell n'a jamais porté la couronne : il gouverne comme Lord Protecteur de 1653 à sa mort en 1658, et refuse le titre de roi proposé par le Parlement en 1657.

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