Sauter au contenu
Vivre en Irlande

La religion en Irlande, de Patrick au recensement de 2022

En ligne depuis le - Dernière révision :

La religion en Irlande, de Patrick au recensement de 2022

En Irlande, la religion tient à l'histoire du pays : l'Église catholique a servi de marqueur national face à l'Angleterre et à l'Empire britannique pendant plusieurs siècles. La République d'Irlande reste catholique à 69 % en 2022 ; en Irlande du Nord, partie du Royaume-Uni, catholiques et protestants pèsent presque autant.

Depuis la partition de l'île et la guerre d'indépendance, la question religieuse recoupe au nord le clivage entre nationalistes irlandais et unionistes fidèles au gouvernement britannique. De Dublin aux petites villes de l'ouest, la population irlandaise garde la culture catholique des grandes fêtes, de la Saint-Patrick aux funérailles, même quand elle ne pratique plus. Dans les deux pays, la proportion d'Irlandais sans religion progresse à chaque relevé, et le paysage religieux se diversifie avec l'immigration.

Quelle est la religion majoritaire en Irlande ?

La religion majoritaire en Irlande est le catholicisme, au sud comme, de justesse, au nord. Dans la République d'Irlande, le relevé de 2022 publié par le Central Statistics Office (CSO) compte 3 515 861 catholiques pour une population totale d'un peu plus de 5,1 millions d'habitants, soit 69 %. Six ans plus tôt, la proportion atteignait 79 %. Le recul est net, mais aucun autre groupe n'approche ce niveau : la religion catholique reste celle de plus de deux habitants sur trois.

Le CSO signale un changement de formulation qui compte dans la lecture des chiffres. En 2016, le questionnaire demandait « Quelle est votre religion ? » ; en 2022, il demande « Quelle est votre religion, s'il y en a une ? ». Cette précision a sans doute aidé une partie des personnes peu pratiquantes à cocher la case « sans religion », qui réunit désormais 736 210 personnes, plus de 14 % des habitants, contre 451 941 en 2016.

En Irlande du Nord, la situation diffère. Le comptage de 2021 de l'agence statistique NISRA place la religion catholique en tête des appartenances actuelles avec 42,3 %, devant l'Église presbytérienne (16,6 %), l'Église d'Irlande (11,5 %), les méthodistes (2,3 %) et d'autres confessions chrétiennes (6,9 %). Additionnées, les Églises protestantes dépassent donc encore les catholiques en appartenance déclarée, alors que l'inverse vaut pour la religion d'éducation.

Les chiffres des derniers recensements, au sud et au nord

Les statistiques religieuses irlandaises viennent de deux organismes distincts, puisque l'île compte deux États : le CSO pour la République, avec des relevés en 2016 puis en 2022, et la NISRA pour l'Irlande du Nord, rattachée au système britannique, avec des relevés en 2011 puis en 2021. Chaque tableau reprend les chiffres publiés par sa source officielle, sans retraitement.

République d'Irlande : principales appartenances déclarées (CSO, 2016 et 2022)
Groupe20162022
Catholiques79 % de la population3 515 861 (69 %)
Sans religion451 941736 210 (plus de 14 %)
Église d'Irlande, anglicans, épiscopaliensenviron 2 % de moins qu'en 2022124 749
Orthodoxesenviron 65 % de moins qu'en 2022100 165
Musulmansnon repris ici81 930
Hindous13 72933 043

Au nord, la NISRA publie aussi une mesure qui combine la religion actuelle et celle dans laquelle une personne a grandi. C'est elle que citent les journaux quand ils annoncent que les catholiques ont dépassé les protestants : une situation inédite depuis la création de l'Irlande du Nord en 1921.

Irlande du Nord : religion actuelle ou religion d'éducation (NISRA, 2011 et 2021)
Mesure20112021
Catholiques (actuels ou par éducation)45,1 %45,7 %
Protestants et autres chrétiens (actuels ou par éducation)48,4 %43,5 %
Sans religion (appartenance actuelle)10,1 %17,4 %

Ni l'un ni l'autre des deux grands groupes ne forme une majorité absolue au nord, comme le rappelle le site de vérification FactCheckNI : 45,7 % reste une minorité. Ce point compte dans le débat sur une éventuelle réunification, que l'accord de 1998 subordonne à un vote de la population.

Des moines aux Vikings : la première Église d'Irlande

Le christianisme arrive en Irlande au début du Ve siècle, dans une île que Rome n'a jamais conquise. La tradition retient 432 pour l'arrivée de Patrick, ancien captif d'origine bretonne insulaire, c'est-à-dire de l'actuelle Grande-Bretagne, enlevé adolescent par des pillards irlandais puis revenu évangéliser le pays. Un premier évêque, Palladius, l'aurait précédé en 431, envoyé par le pape Célestin. Patrick reste toutefois la figure fondatrice, et sa fête du 17 mars est aujourd'hui jour férié au sud comme au nord.

Sans villes ni administration romaine, l'Église irlandaise s'organise autour des monastères plutôt que des diocèses. Glendalough, fondé au VIe siècle dans les montagnes de Wicklow, et Clonmacnoise, sur les rives du Shannon, deviennent des centres d'étude où l'on copie les textes latins. Ces monastères, dirigés par des abbés souvent issus des grandes familles gaéliques, conservent également la culture écrite de l'île, et leurs sculpteurs dressent des croix monumentales : la haute croix celtique de Muiredach, à Monasterboice, mesure plus de cinq mètres. Vers 800, des moines réalisent le Livre de Kells, évangéliaire enluminé que l'on visite aujourd'hui à Trinity College, à Dublin. Des missionnaires partent vers l'Écosse, avec Colomba à Iona en 563, puis vers le continent, jusqu'en France et en Italie.

Les Vikings lancent leurs premiers raids à la toute fin du VIIIe siècle, attirés par les trésors des monastères. Ils pillent, mais fondent aussi des ports, dont Dublin vers 841, puis Waterford et Limerick. À la fin du XIIe siècle, l'arrivée des Anglo-Normands, appuyée par une bulle pontificale, rattache l'Église irlandaise aux usages romains et ouvre plus de sept siècles de présence anglaise sur l'île. La rubrique consacrée à l'histoire de l'Irlande et de l'Irlande du Nord retrace ces siècles, des moines bâtisseurs à l'indépendance.

Comment la religion a divisé l'Irlande

La division religieuse de l'Irlande naît d'une décision politique anglaise, pas d'un schisme local. En rompant avec Rome pour faire annuler son mariage, Henri VIII se proclame chef de l'Église d'Angleterre, et le Parlement irlandais le reconnaît en 1536 chef de l'Église en Irlande. En 1542, le roi d'Angleterre prend aussi le titre de roi d'Irlande. L'Église d'Irlande, anglicane, devient l'Église officielle, mais la grande majorité de la population irlandaise reste fidèle à Rome. La Réforme protestante, imposée depuis Londres, ne gagne guère que l'administration anglaise et les grands propriétaires, et la tension entre la couronne et ses sujets catholiques ne retombe plus.

Plantations, Cromwell et lois pénales

La couronne installe ensuite des colons protestants sur des terres confisquées. La plantation de l'Ulster, lancée en 1609 après la fuite des comtes gaéliques, amène surtout des presbytériens venus d'Écosse : l'origine du protestantisme majoritaire dans le nord-est de l'île tient à cette période. Le soulèvement catholique de 1641 entraîne la campagne d'Oliver Cromwell en 1649, avec les massacres de Drogheda et de Wexford et de nouvelles confiscations. En 1690, la victoire de Guillaume d'Orange sur Jacques II à la bataille de la Boyne scelle la domination protestante ; l'ordre d'Orange la célèbre encore chaque 12 juillet. À partir de 1695, les lois pénales écartent les catholiques de la propriété foncière, des fonctions publiques et du vote.

De l'acte d'Union au home rule

L'acte d'Union, entré en vigueur le 1er janvier 1801, fond les deux royaumes en un Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande. Le droit de siéger au Parlement de Westminster s'ouvre aux catholiques en 1829, grâce à la campagne de Daniel O'Connell. La Grande Famine de 1845-1849 tue environ un million de personnes et pousse un nombre comparable à l'exil, vers l'Amérique du Nord surtout ; le clergé catholique sort de cette période comme le principal encadrement de la société rurale. En 1869, une loi britannique retire à l'Église d'Irlande son statut d'Église établie. À la fin du siècle, la revendication du home rule, une autonomie interne, oppose les nationalistes, majoritairement catholiques, aux unionistes d'Ulster, majoritairement protestants, qui signent en 1912 un engagement solennel contre elle.

Partition, Constitution de 1937 et Troubles

La partition de l'Irlande, décidée par le gouvernement britannique en 1920, découpe l'île selon la carte religieuse héritée des plantations. Six comtés d'Ulster, à majorité protestante, forment en 1921 l'Irlande du Nord, qui reste dans le Royaume-Uni avec son propre parlement. Les 26 autres comtés deviennent l'État libre d'Irlande en 1922, après le traité anglo-irlandais, puis traversent une guerre civile entre partisans et adversaires du traité. Les deux grands partis du Dáil Éireann, le Fianna Fáil et le Fine Gael, sont issus de ce conflit.

Au sud, la Constitution de 1937 s'ouvre sur une invocation de la Très Sainte Trinité, et son article 44 reconnaît une « position spéciale » à l'Église catholique. Un référendum supprime cette mention en 1972. Le même texte fixe le nom de l'État : Éire en irlandais, Ireland en anglais. Pendant des décennies, l'Église gère une grande partie des écoles, des hôpitaux et des institutions sociales, ce qui donne à la religion catholique un poids que l'on ne retrouve nulle part ailleurs en Europe de l'Ouest.

Au nord, la minorité catholique dénonce des discriminations dans le logement, l'emploi et le découpage électoral. Le mouvement des droits civiques de la fin des années 1960 débouche sur les Troubles, un conflit qui fait plus de 3 500 morts jusqu'à l'accord du Vendredi saint, signé le 10 avril 1998. Les violences touchent également l'Angleterre, où l'IRA mène des attentats jusqu'à Londres. Le conflit nord-irlandais n'est pas une guerre de religion au sens théologique : il oppose deux projets nationaux, républicain et unioniste, dont les communautés se définissent largement par leur confession. Le sectarisme religieux, plus que la foi elle-même, reste le mot qui décrit le mieux cette ligne de fracture.

Pourquoi le catholicisme recule en République d'Irlande

Le recul du catholicisme en République d'Irlande tient à trois mouvements qui se cumulent depuis les années 1990. Le premier est économique : la croissance rapide de l'économie, surnommée « tigre celtique », urbanise le pays, attire des investisseurs étrangers et fait de Dublin une capitale européenne comme les autres. Le second est la crise de confiance ouverte par les scandales d'abus dans les institutions religieuses, documentés en 2009 par les rapports Ryan, sur les écoles industrielles, et Murphy, sur l'archidiocèse de Dublin. Le troisième est démographique : l'immigration diversifie le paysage religieux.

Les référendums en donnent la mesure. En mai 2015, l'Irlande devient le premier pays du monde à ouvrir le mariage aux couples de même sexe par un vote populaire, avec 62 % de oui. En mai 2018, les électeurs abrogent à 66,4 % le huitième amendement, qui interdisait l'avortement, puis suppriment en octobre de la même année le délit de blasphème de la Constitution. Lors de sa venue en août 2018, le pape François trouve une Église affaiblie, loin de l'accueil réservé à Jean-Paul II en 1979.

La pratique religieuse baisse plus vite encore que l'appartenance déclarée. Aucune source officielle ne mesure la fréquentation de la messe à l'échelle nationale, mais les diocèses eux-mêmes ferment ou regroupent des paroisses faute de prêtres, et les vocations restent rares. Beaucoup d'Irlandais gardent pourtant les rites de passage : baptême, première communion et funérailles à l'église restent la norme dans de nombreuses familles qui ne vont plus à la messe le dimanche. La tendance se lit aussi dans les cérémonies : les mariages civils et humanistes progressent, et une partie des jeunes adultes vit sa spiritualité hors de toute Église.

Les minorités religieuses, une diversité récente

Les minorités religieuses d'Irlande progressent surtout grâce à l'immigration arrivée depuis le début des années 2000. L'Église orthodoxe dépasse les 100 000 fidèles en 2022, une hausse d'environ 65 % en six ans portée par les arrivées de Roumanie, d'Europe de l'Est et, depuis 2022, d'Ukraine. L'islam compte 81 930 fidèles, environ 1,6 % de la population, avec des mosquées à Dublin, Cork, Galway et Ballyhaunis, dans le Mayo, où se trouve l'une des plus anciennes du pays. Le nombre d'hindous passe de 13 729 à 33 043 en six ans, en lien avec le recrutement de soignants et d'ingénieurs venus d'Inde.

Le protestantisme du sud forme une minorité ancienne : l'Église d'Irlande réunit 124 749 personnes en 2022, une légère hausse. Elle possède les deux cathédrales historiques de Dublin, Saint-Patrick et Christ Church, que les visiteurs confondent souvent avec des églises catholiques. La communauté juive, très réduite, conserve un musée à Dublin, dans le quartier de Portobello. Ces groupes restent petits, mais ils changent le visage de certaines villes, où l'on croise désormais églises orthodoxes et centres culturels islamiques à côté des paroisses.

Religion et vie quotidienne pour un expatrié

La religion en Irlande se voit d'abord à l'école, et c'est le point qui surprend le plus les familles venues de France. La grande majorité des écoles primaires publiques relève d'un patronage catholique, même si l'État les finance : l'enseignement religieux et la préparation à la première communion entrent dans le temps scolaire. Depuis la loi sur l'admission dans les écoles de 2018, la plupart de ces établissements ne peuvent plus sélectionner les élèves sur le baptême, mais les écoles multiconfessionnelles, comme celles du réseau Educate Together, restent très demandées dans les grandes villes.

Le calendrier porte aussi la marque de la religion. La fête de Patrick, le 17 mars, donne lieu à des défilés partout dans le pays ; depuis 2023, la sainte Brigide ouvre en février un jour férié supplémentaire. Le calendrier des événements en Irlande recense ces dates avec les festivals de l'année. Les pèlerinages attirent toujours des foules : l'ascension du Croagh Patrick le dernier dimanche de juillet, le sanctuaire marial de Knock dans le Mayo, ou la retraite de Lough Derg, dans le Donegal.

Au nord, le quotidien garde la trace du clivage. À Belfast, des « murs de la paix » séparent encore certains quartiers catholiques et protestants, et la saison des défilés orangistes culmine le 12 juillet. Une visite des fresques politiques de Belfast Ouest aide à comprendre cette géographie. Pour préparer un séjour, la page consacrée à visiter l'Irlande du Nord rassemble les sites à voir, de la Chaussée des Géants aux villes fortifiées comme Derry.

Religion et politique depuis le Brexit

La sortie de l'Union européenne décidée par Londres, effective le 31 janvier 2020, a ravivé la question de la frontière irlandaise, et avec elle le poids politique des deux communautés du nord. En 2016, 55,8 % des électeurs nord-irlandais avaient voté pour rester dans l'Union. Les partis unionistes, dont le Parti unioniste démocrate, s'opposent aux contrôles douaniers entre la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord prévus par le protocole puis par le cadre de Windsor, signé en 2023 par le Premier ministre britannique Rishi Sunak et la Commission européenne.

Le paysage électoral a lui aussi changé de nature. En 2022, le Sinn Féin, parti républicain, arrive pour la toute première fois en tête des élections à l'Assemblée nord-irlandaise, et Michelle O'Neill prend en 2024 la tête du gouvernement local comme Première ministre. Une fraction croissante de la population, notamment les jeunes et les personnes sans religion, se dit ni unioniste ni nationaliste. Le lien entre confession et vote se desserre, sans disparaître.

Au sud, la religion pèse peu dans les élections nationales, que se disputent le Fianna Fáil, le Fine Gael et le Sinn Féin, avec le Parti travailliste et les Verts en appoint. Les débats qui touchent l'Église passent désormais par l'école et par les institutions de soins qu'elle possède encore. Le Brexit a ainsi rouvert une différence de statut entre les deux parties de l'île, que l'accord de 1998 avait presque effacée au quotidien.

Lieux religieux à visiter sur l'île

Les lieux religieux d'Irlande offrent un fil conducteur pour découvrir le pays. Le Rocher de Cashel, dans le Tipperary, ancien siège des rois de Munster offert à l'Église en 1101, réunit sur une butte une cathédrale gothique, une tour ronde et la chapelle de Cormac, joyau roman du XIIe siècle. Glendalough et Clonmacnoise montrent ce que fut un grand monastère irlandais, avec leurs croix celtiques sculptées. Skellig Michael, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, garde au large du Kerry les cellules en pierre sèche de moines installés au bout du monde connu.

À Dublin, la cathédrale Saint-Patrick, où Jonathan Swift fut doyen, et Christ Church, avec sa crypte médiévale, se visitent en une matinée, avant le Livre de Kells à Trinity College. Plus à l'ouest, l'abbaye de Kylemore, dans le Connemara, abrite des bénédictines dans un décor de lac et de montagnes. Ces sites s'intègrent sans peine à un itinéraire pour visiter la République d'Irlande, en combinant patrimoine, paysages et villages.

Religion des Irlandais : baptême, messe et usages du dimanche

Faut-il être baptisé pour inscrire un enfant à l'école en Irlande ?

Le baptême n'est plus un critère d'admission dans la plupart des écoles primaires catholiques depuis la loi de 2018. Une exception subsiste pour les écoles des religions minoritaires, qui peuvent encore privilégier les enfants de leur confession lorsqu'elles manquent de places.

Les Irlandais sont-ils encore pratiquants ?

Une minorité des Irlandais va encore à la messe chaque semaine, surtout parmi les plus âgés et dans les campagnes. Les grands rites restent en revanche très suivis : beaucoup de familles font baptiser leurs enfants et organisent des funérailles religieuses sans pratique régulière.

L'Irlande du Nord est-elle catholique ou protestante ?

L'Irlande du Nord n'a pas de religion majoritaire en 2021 : 45,7 % des habitants sont catholiques par appartenance ou par éducation, 43,5 % protestants ou d'une autre Église chrétienne. Le catholicisme est toutefois la première confession prise isolément.

Peut-on visiter les églises pendant les offices ?

Les églises catholiques restent en général ouvertes pendant la journée, et l'on y entre librement hors des offices. Les cathédrales anglicanes de Dublin demandent un droit d'entrée pour la visite touristique, mais l'accès aux célébrations reste libre.

Articles en relation

▲