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Vivre en Irlande

Leap Castle, histoire et fantômes d'un château irlandais

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Leap Castle, histoire et fantômes d'un château irlandais

Six kilomètres et demi au nord de Roscrea, dans le comté d'Offaly, le château de Leap a été bâti vers 1250 et passe pour le château le plus hanté d'Irlande. Son histoire sanglante, du clan O'Carroll à l'incendie de 1922, nourrit des légendes que les visiteurs entendent encore sur place.

Leap Castle tient en trois repères : un donjon central médiéval disputé par les O'Carroll, une chapelle sanglante où un prêtre a été tué pendant la messe, et une ruine incendiée en 1922 que le musicien Seán Ryan restaure depuis 1991. Les fantômes, dont « Il » et la dame rouge, viennent de récits transmis par la famille Darby et par les visiteurs.

Où se trouve le château de Leap ?

Le château de Leap se dresse dans le comté d'Offaly, au centre de l'Irlande, à environ 6,5 km au nord de la ville de Roscrea, le long de la route R421. Son nom vient de l'irlandais Léim Uí Bhanáin, le « saut des O'Bannon », du nom de la famille qui tenait le site pour le compte des O'Carroll. La forteresse médiévale contrôlait un passage entre les Slieve Bloom et les plaines du Munster, ce qui explique sa position et les convoitises qu'elle a suscitées.

Le secteur se prête à une journée de châteaux : Roscrea Castle, au cœur de la ville voisine, conserve une tour du XIIIe siècle, et Birr Castle, à une vingtaine de minutes de route, ouvre ses jardins et son grand télescope historique. Leap Irlande, Leap County Offaly ou Leap Castle Co. Offaly : les trois formules désignent le même édifice dans les guides et sur les cartes en ligne.

Une forteresse médiévale disputée par le clan O'Carroll

La tour principale du château de Leap date très probablement des années 1250, même si certaines estimations la placent jusqu'à la fin du XVe siècle. La famille O'Bannon, chefs subordonnés du clan O'Carroll, y mène des travaux à la fin du Moyen Âge. Le lieu verrouille alors le territoire d'Ely O'Carroll, et son contrôle donne un avantage militaire dans toute la région.

En 1513, le comte de Kildare Gerald FitzGerald tente en vain de s'emparer de la place, selon les Annales des quatre maîtres. Il revient en 1516 et démolit une partie de l'enceinte. La mort de Mulrooney O'Carroll, en 1532, ouvre ensuite une guerre de succession au sein de la famille O'Carroll : frères et cousins se disputent la direction du clan, et les trahisons se succèdent dans les murs du donjon. En 1557, les O'Carroll ont repris le château, mais leur pouvoir décline face à l'administration anglaise. Cette rivalité tragique nourrit la plupart des légendes du lieu, alors qu'aucun auteur de l'époque ne la raconte en détail.

La chapelle sanglante, cœur de la légende

La chapelle sanglante du château de Leap doit son nom à un meurtre commis pendant la querelle de succession des O'Carroll. Selon la tradition, un des frères fait irruption dans la chapelle pendant que l'autre, prêtre, disait la messe, et le tue devant l'autel sous les yeux de leur famille. Les sources anciennes ne donnent pas de date précise pour ce crime, que les récits placent dans les années qui suivent 1532.

La pièce occupe l'étage supérieur du donjon. Les récits du XXe siècle y ajoutent une oubliette, une fosse fermée par une trappe où, d'après les témoignages de l'époque, des ossements auraient été retirés lors de travaux. Aucun inventaire archéologique publié ne permet de vérifier le nombre de corps avancé par certains sites : cet article s'en tient donc à la mention de la fosse. Le prêtre assassiné reste le fantôme le plus cité du lieu, aperçu, dit-on, à la fenêtre de la chapelle.

Pourquoi Leap Castle passe pour le château le plus hanté d'Irlande

Leap Castle doit sa réputation de château hanté à l'accumulation des drames sur cinq siècles et aux écrits d'une de ses propriétaires. Les guides anglophones le présentent comme « Ireland's most haunted castle », et les chaînes consacrées au paranormal y ont tourné plusieurs émissions. Pour qui cherche un château hanté en Irlande, Leap revient presque toujours en tête des listes, avant Charleville Forest Castle ou le Dunluce Castle d'Antrim.

« Il », l'esprit élémentaire de Mildred Darby

La créature appelée « Il » (« It » en anglais) vient des textes de Mildred Darby, épouse de Jonathan Darby et autrice de récits fantastiques. Au début du XXe siècle, elle décrit dans une revue consacrée à l'occultisme une silhouette petite, de la taille d'un mouton, au visage en décomposition, accompagnée d'une odeur de soufre et de chair pourrie. Elle raconte l'avoir rencontrée dans la galerie, après avoir senti une main glacée se poser sur son épaule. Ses séances d'occultisme passent, chez les amateurs de légendes, pour avoir réveillé les présences du château.

La dame rouge et les autres apparitions

La dame rouge du château de Leap porte une robe écarlate et tient une dague levée ; les récits la rattachent à une femme retenue dans le donjon. D'autres fantômes complètent le tableau : deux fillettes nommées Emily et Charlotte, qui joueraient dans le hall, et le chapelain de la chapelle sanglante. Ces histoires relèvent du folklore : aucune ne repose sur un document d'archive, et c'est ainsi qu'il faut les lire, comme une part du patrimoine oral que rassemble la rubrique légendes et folklore irlandais.

Leap Castle en dates

PériodeÉvénementPropriétaires
vers 1250Construction probable de la tour principaleO'Bannon sous le clan O'Carroll
1513 et 1516Sièges du comte de Kildare, partie de l'enceinte démolieO'Carroll
après 1532Querelle de succession, meurtre de la chapelleO'Carroll
1659Passage par mariage, agrandissement du donjon centralFamille Darby
1922Incendie pendant la guerre civile irlandaiseFamille Darby
depuis 1991Travaux de restauration, maison habitéeSeán Ryan et sa famille

Des Darby à l'incendie de 1922

La famille Darby reçoit le château de Leap par mariage en 1659. Elle compte des officiers de marine, George et Henry Darby, et le théologien John Nelson Darby, fondateur du mouvement des Frères. Les Darby agrandissent le donjon central et ajoutent des ailes de style gothique, mais le financement de ces chantiers, par des hausses de loyers et des ventes de terres, les fragilise auprès de leurs fermiers.

En 1922, au cours de la guerre civile irlandaise, des insurgés incendient le château, comme beaucoup de demeures de propriétaires anglo-irlandais à cette période. L'intérieur part en fumée et la ruine reste vide pendant des décennies, offerte au vent et aux curieux. Les photos de cette époque montrent une coque de pierre sans toit, dont la silhouette a fixé l'image du château hanté dans les esprits.

Seán Ryan et la renaissance du château

Le musicien irlandais Seán Ryan, joueur de tin whistle, achète le château de Leap en 1991 et lance avec sa famille de longs travaux de restauration. Avant lui, l'historien australien Peter Bartlett, dont la famille descendait des O'Bannon, avait déjà entrepris de consolider l'édifice dans les années 1970. Seán Ryan refait des toitures, rend des salles habitables et vit sur place, ce qui fait de Leap une maison privée bien plus qu'un monument ouvert à heures fixes. L'architecture du site associe une tour carrée médiévale à des ailes plus tardives aux fenêtres en ogive, d'où l'atmosphère sombre que retiennent les visiteurs.

Le propriétaire a souvent raconté aux journalistes son rapport serein aux fantômes du lieu, qu'il dit côtoyer sans crainte. Ce regard de résident a changé la manière dont le château est présenté : moins de frissons racoleurs, plus d'histoire familiale et de musique, avec des soirées où l'on joue de la musique traditionnelle dans la grande salle.

Comment visiter Leap Castle aujourd'hui ?

La visite du château de Leap se prépare à l'avance, car l'édifice reste une résidence privée : il n'existe ni billetterie ni horaires réguliers comparables à ceux de Birr Castle. Les visiteurs prennent contact avec les propriétaires et viennent sur rendez-vous ; les conditions changent selon les périodes et les travaux en cours, et aucune information récente et vérifiable ne permet d'indiquer un calendrier ici. Plusieurs points aident à préparer le déplacement :

  • la route : depuis Roscrea, suivre la R421 vers le nord, puis l'entrée du domaine, signalée sur la gauche ;
  • la saison : en été, les journées longues laissent le temps de combiner Leap, Birr Castle et Roscrea Castle ;
  • l'appareil : prendre des photos de l'extérieur ne pose pas de difficulté, l'intérieur se photographie seulement avec l'accord des propriétaires ;
  • l'accès : sols irréguliers et escaliers à vis rendent la tour difficile pour les personnes à mobilité réduite.

Depuis Dublin, l'itinéraire le plus direct suit l'autoroute M7 jusqu'à Roscrea, soit environ une heure et demie de route ; une carte routière ou une application de navigation suffit pour trouver l'entrée. Pour un séjour de deux ou trois nuits, un hébergement à Birr ou à Roscrea permet de découvrir la région sans multiplier les trajets. Côté réservation, le premier conseil consiste à chercher une adresse mail ou un site web à jour du propriétaire, puis à fixer un rendez-vous avant de quitter la France.

Les visites guidées organisées par des agences de voyage paranormal passent parfois par Leap, souvent en soirée. Avant de réserver, vérifier qu'elles disposent bien de l'accord du propriétaire, puis comparer les conditions d'annulation proposées.

Leap parmi les châteaux hantés de l'île

Le château de Leap occupe une place à part parmi les châteaux d'Irlande, car son histoire documentée et ses légendes se recouvrent presque entièrement. D'autres édifices jouent sur un seul registre : le château de Blarney, avec sa pierre de l'éloquence, tient surtout du rite touristique, alors que la dame blanche du Dunluce Castle hante une ruine de falaise sur la côte d'Antrim. Pour élargir le voyage au-delà du comté d'Offaly, la sélection des plus beaux châteaux d'Irlande recense des sites ouverts au public toute l'année, en été comme en hiver.

Leap garde un intérêt que les grands monuments n'offrent pas : une forteresse médiévale encore habitée, où la restauration avance pièce par pièce et où chaque salle porte une partie de l'histoire de la région. Un voyage dans le centre de l'Irlande gagne à prévoir ce détour, même pour qui ne croit pas aux fantômes.

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