Le Bodhran, instrument traditionnel irlandais

Le bodhran (écrit « bodhrán » en irlandais et prononcé à peu près « bao-rawn ») est un tambour sur cadre : une peau tendue sur un cercle de bois, frappée avec un petit bâton ou avec la main. C'est aujourd'hui la percussion la plus courante des sessions de musique traditionnelle en Irlande, alors que sa place dans ce répertoire est plus récente qu'on ne le croit souvent.
Origines et histoire du bodhran
Le mot « bodhrán » apparaît par écrit dès le XVIe siècle, dans des traductions gaéliques du manuscrit médical Rosa Anglica, où il remplace le terme « tabur » qui désignait un tambour. L'historien Liam Ó Bharáin en déduit qu'un tambour sur cadre portant ce nom existait déjà en Irlande à cette époque. L'origine du nom reste discutée : on le rapproche souvent du mot irlandais bodhar, « sourd », par allusion au son mat de l'instrument.
On lit parfois que le bodhran descendrait de tambours celtes de l'âge du bronze, romains ou arabes. Ces filiations restent des hypothèses : la revue de littérature publiée sur la Research Catalogue rappelle qu'aucune preuve directe ne les appuie. L'instrument ressemble en revanche aux tambours sur cadre répandus en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et autour de la Méditerranée.
Du tambour rural aux scènes de musique trad
Longtemps lié aux fêtes rurales, le bodhran gagne sa place dans la musique traditionnelle grâce au compositeur Seán Ó Riada, qui l'intègre à son ensemble Ceoltóirí Chualann. Le jeu au bâton de son percussionniste Peadar Mercier, avec Ceoltóirí Chualann puis les Chieftains durant les années 1960 et 1970, a fortement contribué à imposer ce style de frappe.
Description et fabrication du bodhran
Structure et matériaux
Le bodhran se compose d'un cercle de bois d'environ 40 à 50 cm de diamètre sur lequel est tendue une peau animale tannée, le plus souvent de chèvre, qui lui donne sa résonance chaude. On trouve aussi des peaux synthétiques, appréciées parce qu'elles réagissent moins à l'humidité, un vrai atout sous le climat irlandais. Une ou deux barres en croix traversent parfois l'intérieur du cadre, mais beaucoup de modèles actuels en sont dépourvus pour laisser la main circuler librement contre la peau.
Systèmes de tension mécanique
Les bodhrans accordables intègrent des vis de réglage qui permettent de retendre ou de détendre la peau selon l'humidité et la température. Le musicien garde ainsi une sonorité constante d'une session à l'autre, là où un modèle à peau fixe peut sonner flasque par temps humide ou trop sec près d'un feu de cheminée.
Jeu et techniques du bodhran
Le batteur (beater)
Dans certains pubs irlandais, il n'est pas rare de voir des musiciens jouer du bodhran avec le dos de la main et les doigts. La majorité des joueurs utilisent pourtant un « beater » (appelé aussi « tipper » ou « cipín »), un petit bâton tenu comme un crayon et frappé par mouvements de poignet, souvent des deux extrémités. Ce jeu offre une grande variété de nuances et permet des rythmes complexes sur les jigs et les reels.
Le bodhran en session et sur scène
Le bodhran se joue rarement seul : il accompagne violons, flûtes, banjos et accordéons lors des sessions de pub. Parmi les joueurs reconnus, on peut citer John Joe Kelly, connu pour ses solos très rapides. En session, l'usage veut qu'il n'y ait qu'un ou deux bodhrans autour de la table, et que le percussionniste suive les mélodistes plutôt que de les couvrir.
Variété des sons et apprentissage
Exploration des sonorités
Un des aspects fascinants du bodhran est sa capacité à produire une large gamme de sons. En faisant glisser la main gauche (pour les droitiers) à l'intérieur du cadre et en variant sa pression sur la peau tout en frappant avec le beater, le musicien module la hauteur et le volume, passant d'un son grave et profond à des notes plus aiguës et sèches.
Tutoriels et initiation
Pour apprendre, plusieurs ressources existent : vidéos pédagogiques, méthodes accompagnées d'enregistrements et cours collectifs proposés par les écoles de musique ou les associations de musique irlandaise. Les cours mettent l'accent sur le placement du rythme dans chaque type de danse (jig, reel, polka) avant la vitesse.
Quel bodhran choisir pour débuter ?
Plutôt qu'un modèle précis, dont les prix et les références changent vite, quelques critères aident à choisir :
- Accordable ou non : un modèle à vis de réglage coûte plus cher mais reste jouable quelle que soit la météo, un argument décisif si vous jouez en extérieur ou dans des pubs chauffés.
- Diamètre : les cadres plus petits et plus profonds, très répandus aujourd'hui, se tiennent facilement et donnent un son plus précis ; les grands cadres offrent des graves plus amples.
- Peau : la peau de chèvre donne le son le plus traditionnel, la peau synthétique demande moins d'entretien.
- Beater fourni : vérifiez qu'un bâton est inclus, puis essayez-en plusieurs, car son poids change beaucoup le jeu.
Un bodhran fabriqué à la main en Irlande garantit une facture soignée, mais l'essentiel pour un débutant reste d'essayer l'instrument avant l'achat, en magasin ou lors d'une session.
Le bodhran est bien plus qu'un simple tambour : il est devenu un symbole de la culture musicale irlandaise, au même titre que les proverbes irlandais et leur signification le sont pour la langue. Son histoire, sa fabrication artisanale et ses possibilités sonores en font un instrument attachant pour les amateurs de musique celtique, du novice au musicien confirmé.


